La république ? oui, mais celle de Jaurès !

La République. Voilà un mot qui traverse les siècles. Un mot qui fait vibrer. Mais c’est aussi un mot aujourd’hui galvaudé, piétiné. La République, comme le disait Jean Jaurès c’est « un grand acte de confiance et un grand acte d’audace ».

Ainsi, il y a quelques semaines, en moins de 48h, une Présidente de Région, Carole Delga, et une Ministre, Emmanuelle Wargon, l’ont utilisé pour se livrer à des attaques de caniveaux à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon. Il ne s’agit pas ici d’agir comme un défenseur aveugle du député Insoumis mais simplement des rétablir de faits, et tracer des perspectives pour comprendre ce qui se joue. 

Selon la Présidente de la Région Occitanie « Jean-Luc Mélenchon n’est plus de gauche ». Elle ajoute au passage que quand « on est de gauche on défend la République ».  Mais de quoi parle-t-on ? De la République de Jaurès ou bien de celle défendue par Manuel Valls, l’homme dont elle a soutenu la candidature à la primaire du PS en 2017, et ses ami-e-s du Printemps Républicain ? L’ancienne Députée semble avoir la mémoire courte. Il y a quelques semaines Génération.s, et d’autres forces progressistes, n’avons pas hésité, et nous avons eu raison, à lui apporter notre soutien lors de l’envahissement du Conseil Régional d’Occitanie par le groupuscule d’extrême droite Action Française. Comment a-t-elle remercié l’ensemble de la gauche de ce soutien unanime ? En attaquant l’UNEF et les réunions non mixtes quelques heures à peine après cette intrusion. Sidérant, mais aussi révélateur d’une conception de la République de la part de Carole Delga. Une conception très éloignée de la nôtre, nous qui avons connu, et soutenu les réunions non mixtes de salariés étrangers des grandes usines de Renault dans la banlieue parisienne ou les réunions non mixtes destinées aux femmes pour faire avancer leurs droits et libérer leur parole, loin de toute domination patriarcale.

Pour nous la République est révolutionnaire dans son essence, et poursuit un objectif d’émancipation, de lutte contre les inégalités et de mise au pas des dominations de toutes sortes. Dans des moments où le basculement vers le pire est possible, certains hurlent avec les loups quand d’autres gardent le cap. Alors que les syndicats policiers factieux manifestaient devant l’Assemblée Nationale, autour de slogans visant à mettre au pas la justice, une première depuis la manifestation menée par le Député poujadiste Jean Marie le Pen dans les années 50, la Présidente de Région se fendait d’une lettre ouverte pour déclarer son amour à la police nationale. Elle osait même un « j’espère de tout cœur que votre marche citoyenne contribuera à réveiller les consciences de notre pays ». Réveiller les consciences avec le syndicat Alliance, dont un des slogans est « La peur doit changer de camp », il fallait oser.

La République, toujours comme trait de facture entre deux visions de la société. Celles des progressistes, ouverte sur le monde et celle des réactionnaires qui place comme préoccupation majeure les questions identitaires. De tout temps cette notion fut utilisée, dévoyée pour agiter les peurs et servir les pires desseins de l’histoire.  Dans sa profession de foi de 1906 intitulée « Vers la République sociale », Jean Jaurès déjà, alertait sur le danger que représentaient « des fourbes et des pharisiens qui cherchent à propos de tous les incidents de la vie sociale à semer la panique et la peur ». Comment ne pas y voir un parallèle avec la période actuelle ? A l’heure des chaînes d’infos en direct, les semeurs de haine qui rêvent de guerre civile utilisent chaque fait divers pour servir leur agenda politique mortifère. Visionnaire, Jaurès soulignait que « cette République nécessaire, les réacteurs la menacent sans cesse. Quand ils n’ont pu la tuer par la violence, ils essaient de la tuer par le mensonge », des paroles d’une étonnante actualité en 2021. Car oui, la notion de République est aujourd’hui menacée. Menacée par celles et ceux qui instrumentalisent la laïcité pour stigmatiser une partie de la population. Menacée par celles et ceux qui promeuvent des politiques qui aggravent les inégalités. Menacée par celles et ceux qui cèdent aux lobbyistes et participent à la destruction de la planète. 

On peut être en désaccord avec Jean-Luc Mélenchon sur différents sujets, et c’est parfois mon cas, mais le qualifier d’ennemi de la République ne peut, et ne doit, être accepté par le camp du progrès social. À quelques mois d’une échéance présidentielle cruciale pour l’avenir du pays, ne nous trompons pas. Il s’agit d’une tentative de déstabilisation par le camp du social-libéralisme incapable de convaincre après un quinquennat Hollande fait de trahisons et de renoncements. Croire que cela vise seulement Jean-Luc Mélenchon, ou même la France Insoumise, serait une profonde erreur. N’oublions pas qu’il y a quelques semaines ce sont les Verts, Génération.s, l’UNEF, Audrey Pulvar qui ont subi les foudres de ces serviteurs zélés de l’ancien monde. À l’époque, avec d’autres, nous avions serré les rangs, et nous avions eu, encore une fois, raison.  La radicalité écologique et la justice sociale sont pour moi deux matrices au service d’une République démocratique, sociale et écologique, qui doit rester notre seule boussole. Car comme disait Jaurès en 1906, « la République est le seul Gouvernement qui convienne à la dignité de l’homme, car elle seule met en jeu la raison et la responsabilité de tous. Seule aussi, par l’exercice toujours plus efficace de la volonté populaire toujours plus éclairée, par le libre mouvement des idées et la puissante action légale de la classe ouvrière, elle peut assurer l’évolution pacifique des sociétés vers des formes meilleures ». Voilà ma conception de la République.

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