Réforme des retraites, du sang et des larmes pour le peuple

Injustice. Ce mot est sur toutes les lèvres, au cœur de toutes les discussions. Comment ont-ils pu oser proposer une telle réforme ? Leurs arguments sont éculés. Déjà en 1995, Alain Juppé justifiait à la tribune de l’Assemblée nationale son projet de réforme par un besoin d’économie nécessaire à sa survie. 28 ans après, rien n’a changé. La stratégie est la même, à savoir dramatiser la situation financière pour présenter la réforme comme inévitable.

Force est de constater que celle-ci ne marche pas. Le dernier sondage IFOP indique que 68 % des français sont contre ce projet de réforme. Dans le détail, les éléments sont encore plus intéressants : 62 % sont contre les 43 annuités et 71 % se disent défavorables au report de l’âge légal à 64 ans. Comme le souligne le secrétaire général du syndicat UNSA Laurent Escure, « jamais les arguments du gouvernement n’ont été aussi faibles ». Et pour cause, tout le monde a bien compris que les 12 milliards d’euros « de déficit » avancé par le gouvernement servent d’écran de fumée pour fracasser notre système de solidarité et faire des économies sur la vie des plus précaires de notre pays.

Il faut bien comprendre une chose, la question de notre système des retraites n’est pas un débat de techniciens sur le financement. Il s’agit d’un débat politique qui nous impose de savoir dans quelle société on veut vivre. Je le dis ici sans ambages, peu importe que la part de PIB consacrée aux retraites soit de 14, 15 ou 16 % du PIB, la priorité est de permettre à chacune et à chacun de partir à la retraite en bonne santé, avec un niveau de pension jamais en dessous du seuil de pauvreté. Les années de retraites, ce sont les plus belles années de la vie, celle où l’on prend du temps pour ses proches, sa famille, ses enfants, ses petits-enfants, mais aussi celles où on donne du temps pour les autres, qu’on s’engage dans l’associatif ou qu’on devient un élu local. Le projet de réforme des retraites d’Emmanuel Macron, c’est la mort après le travail ou la retraite à l’hôpital.

Un chiffre donne à voir le carnage social de cette contre-réforme. Actuellement, l’INSEE estime que l’indicateur de risque de décès avant la retraite est en moyenne de 5,1 %. Avec le projet mis sur la table par Elisabeth Borne, ce chiffre va passer à 6,5 %, soit environ 9 000 personnes supplémentaires chaque année qui mourront avant la fin de leur carrière professionnelle. Concernant les risques des retraites courtes (10 ans ou moins), elles augmentent également, passant de 17 % sous la législation actuelle à 21 % avec la réforme. L’argent économisé par la macronie sera taché de sang, celui des travailleurs sacrifiés pour continuer à exonérer de cotisations les plus riches de ce pays.

Partout dans le pays, la colère se répand. À quelques jours d’une journée de mobilisation qui s’annonce massive, le gouvernement utilise déjà l’arme du soi-disant « blocage du pays », symbole de leur immense fébrilité. Dans les usines, les gares, les hôpitaux, au sein des services publics ou des entreprises privés, on qualifie souvent cette période de « veillée d’armes ». C’est un moment particulier que j’ai eu le plaisir de connaître, notamment en 2018 au moment de la bataille contre la réforme du ferroviaire, où nous avions fait plus de 50 jours de grève. Il se mêle impatience, détermination mais aussi fierté de se battre pour un monde plus juste. La nuit qui précède la mobilisation est particulière, souvent courte et agitée.

Jeudi, des millions de personnes vont défiler partout en France. Que le gouvernement ne se méprenne pas, cette journée va en appeler d’autres, et sans doute rapidement. Il s’agit d’une bataille frontale contre un projet mortifère. Une bataille de classes. Une bataille pour préserver la vie de millions de travailleurs. Une bataille où les croques morts d’Emmanuel Macron vont parler tableur Excel, quand nous parlerons de santé et de droit à la retraite digne pour toutes et tous. Notre projet de retraite à 60 ans va dans le sens de l’histoire quand leur copie libérale dictée par Bruxelles nous ramène au temps des forges.

Ce matin, lors d’un passage sur une chaîne d’information, la journaliste m’a demandé si on pouvait assumer « de bloquer le pays ». Mais qui bloque le pays ? Alors que 93 % des actifs sont opposés à la réforme, que 8 français sur 10 sont contre ce projet, que 1 français sur 2 soutient la grève, la responsabilité du blocage repose sur un président de la République qui s’entête. Hier, la présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé, affirmait : « On ne peut pas avoir une poignée de personnes qui génèrent une pagaille pour des millions de Français ». Pour une fois, je partage son constat. Ce n’est plus possible de voir la poignée de millionnaires du gouvernement pourrir la vie de millions de Français.

À la veille de cette bataille majeure pour l’avenir du pays, je me permets de citer l’article 35 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». Oui à l’insurrection populaire, à bas la réforme des retraites !

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