« être vraiment radical, c’est rendre l’espoir possible plutôt que le désespoir convaincant »

La radicalité. Un terme sur la bouche de tous les éditorialistes du pays et qui fait trembler la macronie. En effet, depuis une semaine, impossible de passer une demi-journée sans avoir un débat ou un article de presse sur « la radicalité de la mobilisation sociale contre la réforme des retraites ». J’ai pu en faire l’expérience cette semaine sur les plateaux télé.

Pourquoi la bourgeoisie s’affole-t-elle ? Tout est parti des propos du secrétaire général de la CGT-FNME, Sébastien Menesplier, qui annonçait mardi : « On va aller voir ceux qui veulent la réforme, qui la soutient, ceux-là, on va s’occuper d’eux. On va aller les voir dans leurs permanences, on va aller discuter avec eux, et puis si d’aventure, ils ne comprennent pas le monde du travail, on les ciblera dans les coupures qu’on saura organiser ». Couper le courant des permanences d’élus dans le cadre d’une mobilisation sociale est un procédé vieux comme le monde. Mes premiers souvenirs militants remontent à la réforme des retraites d’Alain Juppé en 1995, et je me souviens de ces images où des militants allaient arracher le compteur de la permanence du député RPR d’Agen, qui soutenait la réforme. 

Le mot radical puise sa source dans le mot latin « radicalis » issu de radicis (racine). 

Karl Marx se revendiquait de cet héritage expliquant en 1844 dans « Critique de la philosophie du droit de Hegel (1844) » qu’il s’agit de « saisir les choses à la racine ».

En clair, la radicalité, c’est à la fois une forme de pensée qui s’attache à comprendre en profondeur un système pour le remettre en cause, mais aussi l’intransigeance d’une pensée qui va jusqu’au bout de ses conséquences.

Nous assumons clairement une pensée anticapitaliste intransigeante. Si les tactiques de rapport de force sont inhérentes aux mobilisations sociales, nos adversaires ont de tout temps utilisé le terme « radicalité » pour tenter de salir nos mouvements. 

2023 n’échappe pas à la règle. De Bruno Le Maire à Gabriel Attal, en passant par Emmanuel Macron ou Élisabeth Borne, ce mot est utilisé pour discréditer le mouvement social et sa pensée idéologique, mais aussi pour assimiler ce que nous nous appelons actions « radicales » à de la violence, voire de l’extrémisme.

Hier, à plusieurs reprises, Myriam Encaoua, journaliste de LCP, m’a demandé si « j’étais solidaire » des grévistes qui coupaient le courant des permanences. Ma réponse fut sans appel : oui. Nous devons assumer cette radicalité, et même la revendiquer. C’est la force de notre camp social et un moyen dont dispose les travailleurs pour faire entendre leur colère face à une réforme des retraites impopulaire, injuste et inhumaine. Les puissants de ce monde ne sont pas prêts à lâcher si nous leur demandons avec un sourire et un bouquet de fleurs. Mais il faut aussi poser une question passée sous silence par les chiens de garde du système : qui est véritablement radical au sens de la bourgeoisie, c’est-à-dire extrémiste ? Celui ou celle qui coupe le courant et reprend en main son outil de production ou bien cette poignée de millionnaires qui nous gouverne et veut imposer, par la force, une réforme qui va sacrifier des milliers de gens chaque année ? Défendre notre système des retraites, c’est sauver des vies. 

Oui, notre radicalité est notre force, c’est même la genèse du mouvement ouvrier. Partout où nos ancêtres ont arraché des droits aux mains de la bourgeoisie, c’est par une lutte unitaire, large mais aussi radicale. 

Radicale, car elle remet en cause les fondements d’une société capitaliste avec des modalités d’actions décidées collectivement par les salariés au nom de l’intérêt général. 

Demain si des salariés en lutte coupent le courant à des endroits ciblés, bloquent les trains, reprennent en main l’outil de travail, je serai à leurs côtés.

Comme l’exprimait l’essayiste gallois Raymond Williams « être vraiment radical, c’est rendre l’espoir possible plutôt que le désespoir convaincant ». Nous sommes l’espoir, ils sont le désespoir.

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